Jean-Charles Roussel

Note de l'auteur

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Me revoilà, sept ans après l’intemporel, mon dernier recueil de poésie. Avec cette publication, je fêtais mes 40 ans. S’ensuivirent 7 ans, le milieu de ma vie, sans déménager, sans changer de travail. Une belle stabilité et une routine qui me portent. Plutôt du mouvement à l’intérieur et le développement d’une activité artistique importante. La peinture, la sculpture, la musique, la poésie ainsi que la tenue de mon journal intime m’ont ainsi accompagné. Le tout favorisé par la période du Covid-19. Grâce à plusieurs expositions d’art mais aussi à mon poste au comptoir des fromages, j’ai rencontré beaucoup de monde et me suis lié d’amitié à plusieurs artistes.

L’entre-deux

Atteint de Schizophrénie depuis plus de 25 ans, je me retrouve souvent plié, écrasé par le fardeau, l’engrenage du quotidien. C’est un choix pleinement conscient que de prendre de lourds médicaments, ils me permettent de fonctionner au jour le jour. M’enlèvent-ils une part de ma fantaisie artistique, de mon essence créative, de ma sensibilité ? C’est une question récurrente depuis 25 ans. Puis-je quand même en partie percevoir le monde derrière le rideau, un monde spirituel ? Voir au-delà du monde physique, du matérialisme, c’est pour moi un thème central.

Ce monde caché, c’est ce moment de l’entre-deux, un moment d’arrêt dans la rage fébrile du « faire » qui devient salutaire. Quelques secondes pour rêver, pour faire silence, pour méditer. L’urgence d’un vide, le moment d’un cri, un stop dans ce monde qui court toujours plus vite. C’est le moment d’une intuition, le lieu où se situe l’intuition. C’est dans cet endroit secret que « j’attrape » un poème, il vient à moi.

L’entre deux / Dazwischen, c’est entre moi et le monde, entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’ombre et la lumière, entre l’espoir et le désespoir, entre la limite et la liberté. C’est un pont qui mène d’une rive à l’autre, je veux l’emprunter. C’est un virage, un tournant, un retournement, je veux y passer. J’en ai la volonté mais c’est fragile.

Je reviens cette fois-ci avec 40 poèmes choisis (il y en avait près de 300) et 40 peintures à l’aquarelle. Je vous emmène pour un petit voyage dans mon univers et ses pérégrinations : des impressions, des élans, des poèmes graves, des périodes d’effervescence ou même d’extase, un retour au monde et tous ses défis, des mouvements de l’âme, sur la route, en promenade. Et pour conclure, l’enfance, les hauts et les bas de la vie et quelques poèmes originaux, inclassables.

Je termine cette note par un poème de Hilde Domin que j’aime beaucoup. J’espère que ce recueil vous touchera!                             

Jean-Charles Roussel, Untersiggingen, juin 2025

Les mots

les mots sont des grenades mûres

ils tombent à terre

et s’ouvrent

l’intérieur devient extérieur,

le fruit met à nu son secret

et montre sa semence,

un nouveau secret

Hilde Domin